La dépendance

 

 

 

 

La dépendance à la caféine existe-elle ?

Définition de la dépendance

Mécanismes de la dépendance

Existe-il une dépendance à la caféine ?
 

  

Le petit café du matin, c’est votre élixir de la journée. Sans lui, tout se passe de travers : vous en êtes dépendant. Mais est-ce seulement possible ?

Au fond, qu’est ce que la dépendance ? Comment fonctionne-t-elle ? La caféine est-elle une drogue ? Après ces questions voici quelques réponses…        

 

Glossaire

Substance psychoactive : Une substance psychoactive est une substance naturelle ou synthétique qui agit sur le psychisme en modifiant son fonctionnement.

 

L’aire tegmentale ventrale (ATV) : c’est un groupe de neurones situés en plein centre du cerveau. Elle reçoit des informations de plusieurs autres régions qui lui transmettent le niveau de satisfaction des besoins fondamentaux ou plus spécifiquement humains.

Dendrites : Arborescence du neurone sous forme de filament court et ramifié servant à recevoir et conduire des signaux provenant d'autres cellules nerveuses.

 

Neuromédiateur : Molécule chimique qui assure la transmission des messages d'un neurone à l'autre, au niveau des synapses.

 

Transcription : Processus permettant la copie de l'ADN en ARN. C'est la première étape du processus qui permet de passer de l'ADN à la protéine, ou plus concrètement du gène à son produit.

 

 

  

I.            Définition 

 

On emploie le terme de « dépendance » pour parler de la dépendance à l’usage d’une substance psychoactive.

Pouvant être brutale ou progressive, intense ou modérée selon le produit, cette dépendance est installée quand l’arrêt ou la diminution de la consommation entraîne des souffrances psychiques ou physiques, incitant le consommateur à reprendre sa consommation et à la pérenniser.

Ainsi, alors que le consommateur a conscience des conséquences négatives qu'a le produit sur lui, il va continuer à consommer. La vie quotidienne de la personne tournera alors autour de la recherche de ce produit à l’instar d’autres occupations importantes, essentielles : on est alors dépendant au sens addictologique.  

Il existe, en particulier, trois définitions médicales de la « dépendance» :

La première qui provient de la CIM, la classification internationale des maladies de 1993. La deuxième définition est tirée du DSM ( the diagnostic and statistical manual of mental disorders) à l’usage des psychiatres. La dernière définition nous vient d’Edwards et Gross (1976). 

  Ces trois définitions mettent  en valeur plusieurs aspects importants de la dépendance : la recherche continuelle du produit qui conduit à l’abandon d’autres activités, une perte de contrôle de la consommation, une tolérance accrue (obligation d’augmenter les doses de drogue pour obtenir la même sensation), un désir d’arrêter la consommation sans succès. Mais sont aussi mentionnés le problème de la rechute et la conduite qui tend à éviter de subir les effets de cette dépendance en ne se retrouvant jamais sans le produit : symptôme du sevrage.

 

Dépendance physique

Certains produits entraînent une dépendance physique : l’organisme réclame le produit à travers des symptômes physiques qui traduisent un état de manque.

 

La privation de certains produits tels que les opiacés, le tabac, l’alcool et certains médicaments psychotropes engendre des malaises physiques qui varient selon le produit : douleurs avec les opiacés, tremblements majeurs avec l’alcool, convulsions avec les barbituriques et les benzodiazépines. L’individu peut être aussi sujet à des vertiges, malaises, nausées, vomissements, contractions musculaires, modification de la perception visuelle, baisse de la vigilance et des réflexes, insomnie, pertes de mémoire, déshydratation, hyperthermie, augmentation ou baisse du rythme cardiaque, crises de tétanie, contraction ou dilatation des vaisseaux sanguins. Ces symptômes peuvent être accompagnés de troubles du comportement (anxiété, irascibilité, angoisse, agitation...).

 

Dépendance psychique

Quand on est dépendant, la privation d’un produit entraîne une sensation de malaise, d’angoisse, allant parfois jusqu’à la dépression. L’arrêt de la consommation  bouleverse les habitudes du consommateur, laisse un vide qui facilite la réapparition d’un mal-être que la consommation visait à supprimer. Cela explique la survenue possible de rechutes. Les symptômes de la dépendance psychique sont : 

angoisses, sensation d’étouffement, confusion, nervosité, crises de panique, phobies, délires, instabilité de l’humeur, hallucinations, aggravation ou révélation d’une maladie mentale, suicide.
 

II.            Les mécanismes de la dépendance :

Il existe chez l’homme un ensemble de structures cérébrales qui nous indiquent à chaque instant dans quel état physique et psychique nous nous trouvons. Cette structure appelée « circuit de la récompense » se situe dans le mésencéphale, une partie du cerveau commune entre de nombreuses espèces.

Cette structure est à l’origine des comportements primaires comme fuir, se cacher, se reproduire par exemple. Ces structures permettent d’instaurer un équilibre : ne pas être trop éveillé, trop fatigué, trop stressé, trop calme… L’activité de cette zone cérébrale est régulée en partie par un neuromédiateur libéré par le cerveau : la dopamine, qui procure une sensation de plaisir. Si de la prise répétée d’un produit, d’une drogue, résulte une sensation de plaisir, grâce à la dopamine, le cerveau va chercher à rencontrer de plus en plus fréquemment la substance en question afin d’avoir de plus en plus de dopamine. Pour cela il va agir, créer des situations, des comportements afin d’être remis en contact avec la substance psychoactive. Inconsciemment la personne va choisir des personnes qui consomment aussi le produit, il va se retrouver dans des endroits où il pourra consommer le produit, etc.     

Pour que la dépendance se mette en place, il faut qu’un individu donné consomme un produit donné dans une situation particulière. A ce moment là, le produit arrive à avoir un effet suffisamment important pour que le cerveau associe cette consommation à une sensation de bien être.            

 

Circuit de la récompense

Le circuit de la récompense est principalement composé de deux régions (figure.1) : l’aire tegmentale ventrale (ATV)  et le  noyau accumbens. La première région libère de la dopamine dans la deuxième grâce à des prolongements de neurones.

 

 

 

 

 

Le circuit de la récompense est connecté à l’amygdale qui aide à évaluer si une expérience est plaisante ou non, à l’hippocampe qui enregistre les souvenirs qu’il associe à une expérience, et au cortex préfrontal impliqué dans la prise de décision.

Il existe un point commun entre toutes les substances addictives : elles entraînent une augmentation de la dopamine libérée dans le noyau accumbens.         

 

 

Au niveau du neurone

Sur les neurones il existe différents récepteurs spécifiques à chaque neuromédiateur (dopamine, la sérotonine,  l’acétylcholine…). Ces récepteurs sont  capables de le reconnaître et de le réceptionner. Une drogue dont la structure moléculaire ressemble à celle d’un neuromédiateur que l’organisme produit naturellement, peut, du fait de cette ressemblance, agir sur le système de transmission de l’information au niveau de la  synapse (figure.2).

 

 

   


 Les drogues peuvent aussi de 2 autres façons différentes (figure.3) :

          Elles  peuvent  augmenter la sécrétion d’un neuromédiateur naturel ; la cocaïne, par exemple, augmente la présence de dopamine dans la synapse, et l’ecstasy celle de la sérotonine et de la dopamine ;

          certaines bloquent un neuromédiateur naturel ; par exemple, l’alcool bloque les récepteurs nommés NMDA.

De récentes études sur des rats (E.J Nestler, Nat. Neuro., 8, 1445, 2005 ; P.W. Kalivas et C.O’Brien, Neuropsychopharmacology Reviews, 33, 166, 2007.) ont permis de comprendre comment les drogues pouvaient modifier le cerveau. Les chercheurs ont mis en évidence un mécanisme qui semble être à l’origine de modifications à long terme du cerveau qui conduisent à la dépendance. Celle-ci serait liée à la surexpression, sous l’influence de la drogue, d’une protéine, la protéine FosB, dans le noyau accumbens et d’autres structures cérébrales. Cette protéine active la transcription de gènes dont certains codent des protéines susceptibles d’entraîner des modifications dans la structure des neurones. Delta FosB par exemple peut être responsable de l’apparition de nouvelles dendrites sur le neurone et donc de nouvelles connexions entre les neurones. La consommation de drogue, dans ce cas la cocaïne, créerait un circuit plus dense et donc plus efficace : la substance serait  plus vite assimilée d’où la tolérance. Le circuit neuronal créé met un certain temps à se détruire d’où les rechutes faciles. En effet si le circuit est encore présent il suffit d’une seule prise pour retrouver l’effet recherché.

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure.3

 

               III.            Existe-t-il une dépendance à la caféine ?

 

La consommation continue de caféine finit par faire apparaître une dépendance. Elle a atteint plusieurs écrivains célèbres comme Honoré de Balzac.

Cependant, la Société américaine de psychiatrie ne reconnaît pas la dépendance à la caféine.

Pour savoir si la caféine crée réellement une dépendance  comparons les effets causés par la consommation régulière du produit et la définition de la dépendance  (tableau) :

On considère qu’un consommateur de café doit absorber 400 mg de caféine (3 ou 4 tasses de café) environ trois fois par jour pendant sept jours pour ressentir une accoutumance particulière à la caféine.

 Chez ce consommateur régulier de café on ne retrouve ni la recherche continuelle du produit qui conduit à l’abandon d’autres activités,  ni la perte de contrôle de la consommation. S’il existe une tolérance celle-ci est très modérée. Cependant on retrouve des symptômes de sevrage.  Ceux-ci peuvent apparaître entre 12 et 24 heures après l'arrêt de la prise de caféine, le pic étant atteint vers 48 heures. Ils durent généralement de un à cinq jours. 

Les symptômes de  sevrage sont : irritabilité et nervosité, fatigue, maux de tête.

Ce sont des symptômes de dépendance physique.  Il n’existe par contre aucune dépendance psychique à la caféine. De fait, on observe que les circuits cérébraux de la récompense impliqués dans le développement de la dépendance à une drogue ne sont pas stimulés par la caféine.

 

 En conclusion, l’on peut observer de nombreuses ressemblances entre les symptômes d’une consommation régulière et importante de caféine et ceux de la dépendance. Cependant, la dépendance à la caféine n’existe pas, les symptômes observés ne correspondant pas à la définition de la dépendance  à une substance psychoactive. La caféine n’est pas une drogue. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site